Exposition « Emmy’s world » de Hanne van der Woude

Exposition « Emmy’s world« de Hanne van der Woude du samedi 24 mars au dimanche 29 avril 2018, espace culturel Séraphine Louis, 11 rue du Donjon, 60600 Clermont.

  • Inauguration en présence de l’artiste le samedi 24 mars à 17h.
  • Exposition ouverture et entrée libre : mercredis, samedis et dimanches de 14h  à 18H.

Hanne van der Woude, en partageant pendant 5 ans les vies de Emmy Eerdmans et Ben Joosten, au-delà des personnalités artistiques libres et fortes qu’elle décrit, nous parle d’indépendance et de liberté, de crativité dans le grand âge, du vieillissement et de la mort, d’attention à l’autre, d’amour, de tendresse, de relations intimes et d’amitié intergénérationnelle …

Vieillir et rester dans l’enchantement de chaque instant qui passe, vivre intensément joies et douleurs, en étant vrai à soi-même et aux autres ; nous ne sommes peut-être pas des Emmy ou des Ben, mais qui n’aimerait pas cultiver en soi ce qui leur ressemble et dont Hanne van der Woude nous rend image ?

« Tous les 3, nous travaillions souvent en même temps – Emmy réalisant des travaux bizarres dans et autour de la maison et son mari Ben surveillant l’impression d’une épreuve, pendant que je faisais de mon mieux pour les capter l’un et l’autre dans leur environnement. Absorbés que nous étions dans nos propres activités, nous avions tendance à nous cogner les uns dans les autres dans le jardin, déambulant parmi les vieux arbres, les groseillers envahis par la végétation, et la formidable berce haute comme un homme. En un rien de temps, je fis partie de leur foyer. Ils m’acceptèrent comme ils l’auraient fait d’un chat errant arrivé sur le pas de leur porte.

Je rencontrais Ben par hasard en 2009. Je lui demandais si je pouvais faire son portrait et il m’invita chez lui, me laissant vagabonder librement autour de l’ancienne école dans laquelle il vivait. Dans l’un des greniers, bourré de vieux journaux et autres papiers, je croisais Emmy. « Pouvez-vous allumer la lumière » demanda-t-elle avant de faire demi-tour « à moins que vous n’en ayez pas envie ? ». J’étais intriguée ; pas seulement par son attitude directe et désinhibée, mais aussi par son côté hors du temps, même si elle avait 78 ans.

Comme son mari, Emmy était opposée aux conventions sociales, sa liberté personnelle guidant sa ligne de conduite. Elle passait autant de temps à peindre qu’à veiller sur sa pintade ou à collecter différents matériaux qui « pourraient être utiles un jour ». Elle est comme l’eau – dans un flux constant. Je me sentais attirée par cet endroit, et y retournais de plus en plus souvent, en grande partie à cause de cette femme intangible et cet environnement quasi surréaliste. Les années qui suivirent virent se transformer une affection mutuelle en une amitié intime.

« Mon frère, Egbert, » annonça Ben un jour, « vit sur une montagne dans le sud de la France. Je crois que j’aimerais lui rendre visite. » Ce fut notre premier voyage ensemble. Arrivée là-bas, je réalisais qu’Egbert partageait leur besoin de liberté. Couleur de bronze et sculpteur, il avait côtoyé des artistes majeurs des années 60, mais avait tourné le dos à leur style de vie. Il passa de nombreuses années en bord de mer, avant de finalement trouver cette montagne, où il poursuivit sa vie dans une cabane délabrée. La radio néerlandaise était sa fenêtre sur le monde ; ses journaux intimes un registre où noter ce qu’il faisait ou ce qui croisait son chemin.

Les frères étaient très attachés l’un à l’autre, et en 2012, quand Egbert dépensa ses derniers euros dans un billet de train pour les Pays-Bas et arriva à leur porte sans s’être annoncé, Ben et Emmy l’accueillirent. Il s’avéra être malade et en phase terminale, et ils prirent soin de lui tendrement jusqu’à sa mort quelques mois plus tard. Ils eurent à peine le temps d’encaisser cette perte avant que ne soit diagnostiqué chez Ben un cancer métastasé. Une fois de plus, Emmy fit tout ce qu’elle pouvait, cette fois s’occupant de son mari avec amour pendant les derniers jours de sa vie.

J’ai passé 5 ans immergée dans leur monde, tentant de chroniquer leurs vies remarquables par le film et la photographie. »

Hanne van der Woude Juillet 2015


Hanne van der Woude [1982, Nijmegen]. Diplômée de ArtEZ à Arnhem (Pays- Bas), où elle vit et travaille.

Elle développe des projets personnels et sur la durée, comme MC1R – Natural Red Hair [2005-2008] et Emmy’s world [2009-2015] avec un retentissement à l’international.

Son travail a été exposé au Fotomuseum de La Haye [2008], dans le Kiyosato Museum of Photographic Arts à Yamanashi, Japan [2010], dans le Musée de la photographie d’Amsterdam, Huis Marseille (2015) et le Fotografie Forum Frankfurt en Allemagne (2016) et les Rencontres internationales de la photographie en Gaspésie (Québec, 2016).

Emmy Eerdmans (1931) fut lauréate du Prix de Rome (peinture) en 1957. Après avoir voyagé à travers l’Italie, elle s’installa à Anvers dans les années 60, et y développa le style expressif qui caractérise ses dessins, aquarelles et peintures. En 1964, elle épouse Ben Joosten avec lequel elle a un fils. Une compilation de son travail intitulé Tussen oog en hand a été publié en 2001.

Ben Joosten (1931–2013) et ses frères dirigèrent une célèbre fonderie artisanale de bronze. Leur travail influence une grande partie de la sculpture produite aux Pays-Bas dans les années 60. Par la suite, Ben développa également ses talents d’artiste graphique. En 2010, la publication Tussen brons en lood rendit compte de l’ensemble de son œuvre.

Egbert Joosten (1938–2012) travailla comme mouleur de bronze pour l’entreprise familiale, et en tant que sculpteur pour lui-même. A la fin des années 1970, il opta pour une vie de liberté dans le sud de la France. Il eût 4 venir aux Pays-Bas pour être accompagné par sa famille pendant les derniers moi mois de sa vie.